Photo du jour : Scène de quai à Vigeois

Photo du jour : Scène de quai à Vigeois

Janvier 2004, les Autorail X2800 ont pris depuis quelques semaines, à l’occasion du service d’hiver, des circulations assurées il y a encore peu par des automotrices électriques désormais réformées : Le Limoges-Brive par la ligne « Paris-Toulouse » (l’autre ligne étant non-électrifiée, passant par St-Yriex, Nexon, Pompadour, etc.).

Ayant l’opportunité de passer quelques jours en Limousin en ce début d’année, je vise la météo et je pars en quête de points de chute originaux.

Sise en fond de vallée et proche de la Vézère, la Gare de Vigeois semble être un théâtre intéressant pour de belles prises de vues, à condition d’y obtenir une bonne lumière et que le convoi ne soit pas trop long car la « forêt » de poteaux et de caténaires occupe une grande partie de l’espace disponible.

Je me présente sur place un bon quart d’heure avant l’heure de la halte prévue, et pendant que je m’installe, une BB2600 « Sybic » – orange à souhait – passe HLP (Haut-Le-Pied, c’est à dire locomotive seule, sans aucune voiture ni wagon en remorque) dans le sens descendant.

Quelques minutes après, c’est un « Corail Téoz » Toulouse-Paris Austerlitz, tracté par une BB26000 en livrée « En voyage » qui fend l’air glacial corrézien et qui disparaît aussi vite qu’il est apparu.

Vu la position que j’ai choisie, très en aval de la halte, je pense alors que j’ai pris un risque mal calculé : celui qu’un train montant vers Paris « croise » l’X2800 que je chasse pendant que ce dernier sera à quai.

Cette éventualité ne m’enchante pas, je suis décidément bien plus habitué aux voies uniques et secondaires plutôt qu’aux grandes lignes.

L’heure de la halte en gare de Vigeois est arrivée… mais pas l’X2800 (ou son remplaçant…), ce qui m’inquiète un peu.

Le vent glacial porté par la Vézère à proximité, cependant qui n’est pas du niveau de l’Ecir sévissant sur le Cézallier à la même époque de l’année, fait tomber la capacité de la batterie de mon bridge de façon dramatique.

Le voilà ! Pleins feux allumés, il pointe le bout de son Poste 1, à très faible allure, aux abords du faisceau de voies.

« Bro bro bro bro bro bro bro… » je reconnais au bruit de son moteur le fameux X2872, qui mène son MGO en sous-régime jusqu’aux abords du quai, le tout suivi d’un long crissement des semelles de freins en fonte sur les bandages des roues… et l’autorail s’immobilise.

Signe de la main au mécano, que je reconnais, visiblement lui aussi, ce n’est pas la première fois que l’on doit se croiser en ligne.

Et en guise de Chef de Bord, c’est une jeune demoiselle qui fait son apparition sur le quai, et qui entame une discussion avec le mécano, qui me désigne à sa collègue.

Cette dernière, également, d’un geste, me salue et je lui rend la pareille.

C’est à ce moment là que, comme au cinéma, la scène se met en place.

Le mécano lui donne un document ou une sorte de pochette par la fenêtre du poste de conduite, elle le lui rend, et ils recommencent.

J’arrête de regarder bêtement ce qu’il se passe, j’ai compris… je vise, je mets au point et j’appuie !

Et je leur fait signe que c’est par-fait !

La Chef de Bord siffle, remonte dans l’autorail, et ce dernier reprend, tout aussi lentement qu’il était arrivé, son chemin vers sa prochain halte : Allassac, avant de finir sa circulation à Brive.

Au passage, je salue chaleureusement le mécano.

A l’examen de la photo, la scène est superbe, on devine bien cette notion de forêt de poteaux et caténaires, puis le jeu d’acteurs de mes bienveillants figurants. Ne parlons pas de l’X2872, pleins feux (bien réglés, merci l’Atelier) et sous une bonne lumière d’hiver.

Deux grosses critiques dont une pour laquelle je me flagelle :

  • L’arbre qui masque le fronton de l’abri de quai en briques, où « Vigeois » figure, je n’ai pas assez apporté de soin à mon emplacement.
  • La ceinture fluo-réfléchissante jaune (mais réglementaire ! ) qui entoure le sac posé en cabine, on ne voit presque qu’elle…

Néanmoins, toutes les personnes à qui j’ai présenté la photo m’ont confirmé que j’étais un peu trop sévère, que c’était tout de même une sacrée belle scène.

Photo du jour : Scène de quai à Vigeois – 19 janvier 2004