Photo du jour : ça fume en gare de Cornil !

Photo du jour : ça fume en gare de Cornil !

Hiver 2003-2004, les X2800 du dépôt de Limoges sont déployés à tout va.

L’objectif est, comme expliqué dans une précédente publication, de leur faire « bouffer du Km » avant leur retrait définitif du service.

Ils sont donc mis à contribution sur Limoges-Ussel, Limoges-Brive par Nexon et aussi par Uzerche (GL), Brive-Clermont, Limoges-Montluçon ainsi que pour de petites circulations quotidiennes.

L’une d’elles est assez atypique, car il s’agit à proprement parler d’une circulation omnibus, de celles qui s’arrêtent dans les petites gares, d’habitude mal desservies.

C’est ainsi, avec plus de 4 aller-retours par jour, qu’une rame composée des X2889 et X2907 effectuera quelques jours durant la liaison Brive-Tulle et Tulle-Brive.

Circulation assez intéressante, cependant la période hivernale ne se prêtre guère aux photographies à quai (les gares couvertes atténuant trop la lumière).

De plus, suite à plusieurs incidents dû au phénomène grandissant de « spotting sauvage et inconscient », amené par l’accès démocratisé à Internet et aux appareils photos de plus en plus accessibles, nous sommes parfois littéralement « chassés » des emprises par des permanents peu enclins à nous voir évoluer près des voies et des matériels.

Je n’ose imaginer ce que ce doit être de nos jours, avec les tristes événements que connait notre époque.

J’effectue tout d’abord le trajet en voiture, le long de l’ancienne Nationale 89, aujourd’hui remplacée par l’Autoroute éponyme et néanmoins onéreuse.

Je repère deux points intéressants : un pont métallique à la sortie de Malemort-sur-Corrèze (qui se révélera dangereux d’accès) et une friche industrielle à Cornil.

Il y a bien des jolis passages enclavés à flanc de vallée le long de la rivière Corrèze à quelques endroits, mais trop sombres et peu valorisés.

Une fois arrivé à Tulle, je prends un billet A/R pour effectuer le prochain trajet : Tulle-Brive-Tulle.

La guichetière me prend bien entendu pour un grand malade (quoique, ferrovipathe, c’est explicite, non ?! ) :

« – mais monsieur vous savez que le train ne s’arrête que 5 minutes et repart, vous faites le trajet pour quoi ?
– ben… pour regarder par la fenêtre…
– … »

Je règle mon dû, je m’éclipse devant le regard consterné de la guichetière, je composte mon billet A/R, j’embarque dans l’autorail de queue et je m’assoie.

Effectivement, j’effectue l’aller-retour de mi-journée le nez collé contre une vitre. Le Chef de Train ne prendra même pas la peine de me contrôler… 

De l’intérieur de l’autorail, le seul endroit qui semble valoir la peine est donc Cornil, car l’espace est dégagé et il y a cette usine en contrebas, avec sa cheminée en briques et qui tient encore debout.

Je reprends ma voiture et je me rends sur place.

Il me reste 45 minutes pour que la prochaine circulation Tulle-Brive vienne s’arrêter à la halte de Cornil.

Le bâtiment voyageurs ( le B.V.) n’offrant aucune particularité et se trouvant dans un état lamentable, je m’en écarte.

Je furète, j’essaie quelques emplacements, je tâtonne, j’ai le temps de choisir ma place.

Finalement, je grimpe dans un talus bien après les quais, avec une vue qui m’offre la cheminée en briques de l’usine, la vallée, la partie haute du B.V., une bonne orientation lumineuse et suffisamment de profondeur de champ pour saisir mes deux X2800 orientés Poste 1.

Je stabilise mon trépied, je m’affuble de ma chasuble fluo et je règle mon bridge de façon à ce que le ciel nuageux ne rende pas tout blanc sur la photo.

Le convoi est à l’heure, je le vois s’arrêter, une dame âgée descend avec l’aide du Chef de Train, deux passagers montent. Je remarque que le bruit de la route, de l’autre coté de la vallée, couvre le bruit des autorails qui sont à plus de 150m de moi.

La halte ne dure pas longtemps, et c’est dans quelques secondes que je vais savoir si je pouvais faire confiance – ou pas – au mécano avec qui j’avais pris le temps de discuter en gare de Brive pendant la courte pause de notre aller-retour.

Je lui avais expliqué ma démarche, il m’avait raconté voir de plus en plus de photographes et qu’il prenait systématiquement le parti de « soigner » ses prestations par des démarrages vigoureux, car lui aussi, était un passionné.

Nous convenons donc qu’au démarrage de Cornil, bien que la rampe soit faible et la tare moindre, que les deux X2800 connectés en UM (unité multiple) aient leurs moteurs bien chauds, une belle poussée de gaz « plein crans » serait nécessaire.

Effectivement, 100 tonnes d’acier, de bois, d’huile, de fioul et d’amiante… ça ne se remue pas comme ça…

Le mécano a tenu parole… c’est donc dans un rugissement sans pareil et avec un panache de fumée à faire démissionner un Ministre de l’Ecologie que la rame s’arrache de sa halte, je mitraille d’une bonne vingtaine de prises de vues, le convoi passe à mes pieds, un signe au mécano (qui fait siffler l’X2889 pour mon plus grand plaisir) et le tout s’engouffre en hurlant dans le tunnel.

Wow… au passage, j’ai eu le temps de remarquer que la vitre du compartiment moteur avait été soigneusement baissée… 🙂

En exagérant à peine, on pourrait imaginer que quelques pensionnaires du havre de paix situé pile au-dessus du tunnel (voir la vue satellite) ont été réveillés par ce véritable « barouf » qui me fut offert.

Heureux de cette aventure, je rentre chez moi.

Merci à ce mécano, je lui dois une bonne bière… 🙂

Photo du jour : ça fume en gare de Cornil !